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Tout aura été inédit avec la crise du coronavirus. Il y aura un bilan à faire, long, âpre, dur, violent. Des nations entières ont été mises à l'arrêt. La culture en a souffert : le monde des arts mettra des mois à se remettre. Alors que certains pronostiquaient une reprise générale des lieux culturels en septembre, le premier ministre le 28 mai a pris de de court de nombreux citoyens en annonçant un déconfinement accéléré. Alors certes dans un premier temps, il s'agit de continuer d'appliquer des recommandations sanitaires somme toute assez souples. Rares cependant sont les salles, petites, moyennes ou grandes qui réouvrent à Paris le 22 juin, la plupart ne sont pas prêtes. Le public l'est-il ? Il y a les pour, les contre. Mais le chanteur franco-gabonais Jann Halexander fait fi de ces questions et saute dans l'inconnu. Il est la première personnalité à chanter le 22 juin à Paris.  Ce sera  à l'Atelier du Verbe à 18h (une fois n'est pas coutume)
Entretien par téléphone
 
 
Bonjour Jann Halexander, vous allez être le premier chanteur à monter sur une scène parisienne le 22 juin, à l'occasion de la réouverture des lieux
Le premier, je ne crois pas. Enfin je crois qu'on est quelques uns. Mais c'est vrai que ça se compte sur les doigts de la main. Mais j'appréhende un peu...heureusement Bertrand Ferrier sera là pour m'accompagner au piano. 

Vous ne vouliez pas attendre septembre  ?
Non. Je ne vois pas pourquoi. Rien ne dit qu'en septembre ou octobre, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pour le moment je suis artiste, peut-être demain je ferai autre chose, mais pour le moment je suis artiste. L'artiste, selon moi, n'est pas là pour chanter une fois que les gens ont mangé à leur faim, signé un cdi, que le soleil brille, que le ciel est bleu et qu'il n'y a aucun virus dans l'air.  La vie est pleine d'incertitudes, coronavirus ou pas, et j'assume mon rôle, ma fonction. J'ai failli lâcher plein de fois ou ralentir mon implication dans les chansons, les concerts, faire d'autres choses mais jusqu'à maintenant, ça ne s'est pas fait...sans doute une question de destin ?
 
D'où le titre du tour de chant, Revivre ?
Oui. Je souhaite vraiment tourner la page. Je ne me suis pas ennuyé pendant le confinement, j'ai beaucoup regardé des épisodes de la vieille série Maguy, cela me détendait,  et si j'ai eu des moments de colère, je n'ai pas eu de moments de dépression parce qu'avec mon éditeur, Jérôme Cosniam de Lalouline Publishing, nous avons beaucoup travaillé sur le catalogue et sur l'après-confinement. 'Revivre' c'est un tour de chant vraiment conçu pour l'occasion. C'est un tour de chant unique, les chansons sont adaptées à cette circonstance. 
 
Alors vos 17 ans de carrière au Théâtre Michel prévu à la base le 23 mars ?
Ce sera le 7 septembre.  D'ici là il y a de nombreuses dates. Je tiens à remercier au passage le Théâtre du Gouvernail où je joue également en juillet et l'Entre 2 à Angers. Et évidemment Danièle Léon, la directrice de l'Atelier du Verbe. Et puis aussi je remercie Veronika Bulycheva et Claudio Zaretti qui seront à mes côtés en juillet. Je me sens vraiment revivre.
Mais vous auriez pu faire des concerts au balcon comme certains artistes l'ont fait ou vont le faire.
Non. Sans façon. Je n'ai pas de jugement à émettre concernant ceux qui le font. Mais pour moi c'est trop glauque.
Certains directeurs de salles militaient pour une mise en sommeil des lieux culturels le plus longtemps possible  avec la garantie de bénéficier d'aides, certains évoquaient une reprise en septembre, octobre.
Ce n'est pas ma conception de la culture. Mais ils ont sûrement leurs raisons. Il faut vraiment remettre le pied à l'étrier, les mains dans le cambouis. Ce ne sera pas facile. Mais de toute façon...la plupart d'entre nous, les artistes, nous sommes résilients. Les hauts, les bas, les mois où il ne se passe rien, on peut l'appréhender du moment qu'on ne nous empêche pas d'exister. C'est un milieu qui fonctionne à flux tendus, mais tant qu'il y a un flux...
Certains artistes ont choisi de se mettre au vert aussi et d'attendre les beaux jours
Je le redis, il est hors de question d'attendre. Oui, j'aurais pu m'enfermer dans ma petite maison rustique en province,  à vivre de rien, composer un peu, écrire des vers...mais je ne le souhaitais pas. Je suis resté sur Paris pendant le confinement, je voulais sentir la ville, sentir l'atmosphère. Entendons-nous bien, je ne sais vraiment pas comment ça va se passer le 22 juin. C'est une toute petite salle mais les gens qui ont des réflexions un peu stupide sur telle salle est trop petite etc, ce n'est pas très intéressant. Il faut les remplir les salles, petites ou grandes. Mais il faut bien redémarrer. 
 
Vous avez chanté dans des salles très variés.
J'ai tout fait. En plein air en Belgique, à Courbevoie, dans des médiathèques, des centres associatifs, j'ai fait le Sentier des Halles, le Théâtre du Gouvernail, le Café de la Danse, l'Archipel, des caves chansons en province, chez l'habitant, notamment en Allemagne, dans des lofts etc. J'ai tout fait. J'ai chanté devant 3 spectateurs comme 1000 spectateurs. J'ai chanté aussi dans des lycées. On est nombreux dans ce cas. Quand vous faites une salle de 50 places dix fois de suite et que c'est plein, c'est la moitié de la Cigale par exemple...
C'est épuisant non ?
Oui. Et passionnant aussi. Et dur. C'est l'une des plus belles vies au monde la vie d'artiste mais c'est hard. Je pense que c'est valable également pour des gens beaucoup plus connus. Mais je constate depuis quelques années que la vie est très dure pour presque tout le monde. 
Mais on a quand même parlé pendant le confinement des métiers essentiels et de ceux qui ne le sont pas.
C'est terrible. Cela montre une forme d'ignorance aussi bien de la caissière qui  va bosser que de l'artiste. Parce qu'il s'avère que la caissière après une grosse journée a aussi une vie sociale et qu'elle va parfois au cinéma, dans des spectacles etc. Dans le public qui me suit, il y a des chauffeurs-routiers, des chômeurs, des coiffeurs, des manutentionnaires, des professeurs, des retraités, des livreurs uber, des rentiers, des fonctionnaires etc. Je ne comprends pas la nécessité d'opposer les uns aux autres en utilisant le mot 'essentiel'. Et je rejette tout ce qui participe à faire de nous, êtres humains, des êtres zombies dont le seul impératif serait de manger. 
Les artistes sont donc essentiels. 
Au même titre que d'autres fonctions. Même dans les sociétés les plus rétrogrades, les plus archaïques, ils jouent un rôle. Ils suscitent attraction et répulsion mais ils jouent un rôle. Je ne dis rien d'extraordinaire là, je ne suis pas un intellectuel. C'est quelque chose que j'ai appris très tôt car ma mère était professeur de philosophie et petit des fois, elle m'emmenait dans la classe où elle enseignait, et je restais tout au fond. 
Parlons pratique. Comment ça se passe ?
Très bonne question car en effet on a entendu un peu tout et n'importe quoi et je m'interroge sur le but de certaines personnes dans la profession qui ont entretenu le flou. Nous suivons les recommandations de la préfecture de police et du ministère de la santé. La jauge va être réduite, c'est un petit lieu, donc 20/25 places, sièges espacés, les couples, les groupes d'amis, les familles peuvent être côte à côte, les personnes seules espacées, il y a du gel hydroalcoolique à l'entrée. Le port du masque est recommandé. Il est également  conseillé de réserver. Si c'est rempli assez vite, une seconde date sera envisagée dans le même lieu.
Vous qui avez donné des centaines de concerts, ça va vite être plein !
L'expérience me dit qu'il ne faut jamais vendre la peau de l'ours. Bon, après je ne cache pas que nous réfléchissons à une seconde date, le 29 juin...
 
Vous auriez préféré une plus grande salle ?
Possible mais les grandes salles ne sont pas disponibles. Certaines ne pensaient  pas qu'il y aurait une réouverture des lieux en juin. Elles ne sont pas prêtes pour la réouverture : il faut remettre tout en marche, c'est considérable. Le Théâtre Michel où je me produis le 7 septembre a 345 places. Ce n'est pas rien, surtout que c'est un théâtre à l'italienne avec une configuration particulière.
Donc vous êtes dans le symbole.
Oui. Vraiment, oui. Je crois aux symboles.
J'ai écorché votre nom, on dit Jann ou Yann ?
Yann, mais ça s'écrit Jann. Je n'ai jamais rien su faire comme tout le monde. Mon cas est désespéré...et désespérant, je suppose...
Merci
Léonardht Hottier
Les dates de l'artiste jusqu'à la fin de l'année, sous réserve de modification.

5 juin : showcase en ligne avec Veronika Bukycheva#facebook
10 juin : showcase en ligne 'Entre vous & moi' #facebook
17 juin : showcase en ligne 'Entre vous & moi' #facebook
20 juin : séance dédicaces, Maison de la Presse, Paris
22 juin : 'REVIVRE', Atelier du Verbe, Paris

25 juin : chez l'Habitant, la Verberie
26 juin : chez l'Habitant, la Verberie
27 juin : chez l'Habitant, la Verberie

2 juillet : 'Du Gabon à la Russie' avec Veronika Bulycheva, Théâtre du Gouvernail, Paris
3 juillet : l'Entre 2, accompagné au piano par Bertrand Ferrier, Angers
4 juillet : l'Entre 2, accompagné au piano par Bertrand Ferrier, Angers
9 juillet : 'Chants Nomades' avec Claudio Zaretti, Théâtre du Gouvernail, Paris
11 juillet : Michael Bond / invité, Théâtre du Gouvernail, Paris

7 septembre : Jann Halexander au Théâtre Michel, Paris


8 septembre : Véronique Pestel /invité, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
9 septembre : Véronique Pestel /invité, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
10 septembre : Véronique Pestel /invité, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris


19 septembre : Samarya / invité, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
6 octobre : Bertrand Ferrier / invité
7 octobre : Bertrand Ferrier / invité
28 octobre : 'Du Gabon à la Russie' avec Veronika Bulycheva, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
29 octobre : 'Du Gabon à la Russie' avec Veronika Bulycheva, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
4 novembre : 'Du Gabon à la Russie' avec Veronika Bulycheva, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
5 novembre : 'Du Gabon à la Russie' avec Veronika Bulycheva, Théâtre de l'Île Saint-Louis, Paris
27 novembre : Studio Hastings, Caen